Juste lire ça!

 

 

 

Don de moelle osseuse: «C'est comme une prise de sang et ça peut sauver des vies»

Chaque année en France, plus de 2.000 personnes souffrent de maladies graves du sang. Pour les soigner et les guérir, il existe un traitement que l'on ne trouve dans aucune pharmacie : la greffe de moelle osseuse, traitement de dernier recours pour nombre de pathologies. Mais pour en bénéficier, il faut avoir la chance de trouver un donneur compatible. Et quand personne dans son cercle familial ne l'est, le seul espoir vient alors des donneurs anonymes inscrits au registre national des donneurs de moelle osseuse. « Ce sont nos veilleurs de vie, comme on les appelle », dévoile le Dr Evelyne Marry, directrice du registre France greffe de moelle àl'Agence de biomédecine. A l'occasion de la 13e Semaine nationale de mobilisation pour le don de moelle osseuse, qui se tiendra du 10 au 18 mars, l'établissement souhaite sensibiliser le grand public à cette cause, qui véhicule certaines idées reçues, et espère que de nouveaux donneurs s'engageront.

Rassurez-vous, « on ne vous plante pas une grosse aiguille dans la moelle épinière » !

Si on vous dit don de moelle osseuse, que visualisez-vous ? Une grosse aiguille plantée dans votre dos ? Si oui, alors il y a méprise. « Certains confondent le don de moelle osseuse avec la ponction lombaire, cet examen médical qui n'a rien à voir et qui consiste à recueillir un échantillon de liquide céphalo-rachidien dans la colonne vertébrale », distingue le Dr Evelyne Marry, directrice du registre du don de moelle osseuse à l'Agence de biomédecine.

Le don de moelle osseuse est bien plus simple. « Il s'agit de recueillir les cellules-souches, explique le Dr Marry. Pour ce faire, un prélèvement sanguin ou osseux suffit : en aucun cas on ne vous plante une grosse aiguille dans la moelle épinière ! » En pratique, « le prélèvement sanguin des cellules-souches ressemble à un don de plaquettes, expose le Dr Evelyne Marry. On prélève le sang par un bras, il passe par une machine qui le filtre et prélève seulement les cellules-souches, puis le sang filtré retourne dans l'autre bras. Le donneur est confortablement installé dans un fauteuil, durant deux à trois heures, et peut écouter de la musique ou regarder une vidéo pendant le prélèvement ». Que les esprits douillets se rassurent, « ce n'est pas douloureux », témoigne Yoann, 32 ans, qui a fait don de sa moelle osseuse par prélèvement sanguin il y a 3 ans. Un protocole simple utilisé dans 80 % des cas. « Pour les 20 % restants, on procède, sous anesthésie générale, par prélèvement osseux directement dans l'os de la hanche, qui très riche en moelle osseuse », complète le Dr Marry.

« Sauver des vies »

« Quand on prélève dans l'os, on recueille ainsi les cellules-souches, mais aussi leur environnement, énonce le Dr Marry. Cette voie-là est plus indiquée pour soigner certaines maladies et est indiquée pour soigner les enfants et favoriser leur guérison complète ».

Car le don de moelle osseuse, qu'il soit réalisé par prélèvement sanguin ou osseux, « permet de soigner de nombreuses maladies graves du sang, elle permet de sauver des vies, insiste la directrice du registre français des donneurs de moelle osseuse. La greffe permet de soigner des maladies comme les leucémies et les lymphomes (maladie de Hodgkin) quand la chimiothérapie n'a pas fonctionné et que le pronostic vital est engagé. Elle est aussi utilisée pour guérir des maladies du système immunitaire, détaille Evelyne Marry. La greffe sauve les enfants bulle qui, du fait d'une anomalie génétique, ne produisent pas de globules blancs et n'ont aucun système immunitaire. Pour eux, le traitement, c'est de remplacer leur moelle osseuse déficiente par une moelle osseuse saine. Grâce à ça, 98 % des enfants greffés guérissent ».

Yoann, lui, n'avait jamais entendu parler de don de moelle osseuse, jusqu'au jour où, alors qu'il donne son sang pour la première fois, l'infirmière lui parle du don de moelle osseuse. Une information qui réveille quelque chose chez le jeune homme, alors âgé de 18 ans. « Je voulais donner quelque chose qui puisse aider, et je me suis inscrit sur le registre ». Ensuite, rien ou presque. Le jeune homme actualise ses données « à chaque déménagement », et c'est tout. Jusqu'à ce jour de décembre 2015, quand le téléphone sonne chez ses parents, une dizaine d'années après son inscription au registre. « "L'agence de biomédecine a appelé pour toi, m'ont dit mes parents. ça y est, j'étais un donneur compatible ».

Besoin de nouveaux donneurs : des hommes jeunes

Pour devenir donneur, peu de conditions sont requises : être en parfaite santé, être âgé de 18 à 50 ans, répondre à un questionnaire médical et effectuer une prise de sang lors de l'inscription définitive au registre. Comme chaque année, cette semaine de sensibilisation au don de moelle osseuse vise à informer le grand public et convaincre de nouvelles personnes de s'inscrire sur le registre des donneurs. Mais cette année, « nous mettons particulièrement l'accent sur une population spécifique : les hommes représentent seulement 35 % des personnes inscrites sur le registre français des donneurs de moelle osseuse, or il en faudrait bien plus. Nous avons besoin de nouveaux donneurs masculins et jeunes », souligne le Dr Evelyne Marry.

Et l'explication est simple. « Très logiquement, les jeunes ont des cellules jeunes, on obtient donc des greffons plus efficaces ». Mais, si les femmes sont des alliées de poids, plus nombreuses à être inscrites au registre et convainquent leur entourage de suivre la même démarche, « à compatibilité égale entre un jeune donneur homme ou femme, les médecins greffeurs choisiront pour le donneur masculin, révèle le Dr Marry. La raison est immunologique : les cellules de la moelle osseuse prélevées chez un homme seront dépourvues des anticorps développés par les femmes durant leur grossesse. Sur le plan immunologique, ces cellules offrent une meilleure tolérance du greffon chez les patients. C'est pourquoi notre rôle est de maintenir, enrichir et rajeunir ce registre national qui à ce jour compte 278.000 personnes ».

Un donneur inscrit sur 1.000 est compatible avec un patient

En pratique, trouver un donneur compatible avec un patient est si rare que seulement un donneur inscrit sur 1.000 fera effectivement don de sa moelle osseuse. Et lorsque c'est le cas, il ne donnera qu'à ce patient-là. Pour Yoann, entre l'appel reçu chez ses parents et le jour où il a fait ce don, à peine quelques semaines se sont écoulées. « On ne mobilise pas les donneurs en quelques heures, on organise les choses en fonction de leurs disponibilités », précise le Dr Marry. Après une batterie de tests à l'hôpital, puis une journée dédiée aux formalités d'usage et autres rendez-vous médicaux, Yoann a donné un peu de sa moelle osseuse. « Ma mère me dit que c'est quelque chose d'extraordinaire, mais je ne vois pas les choses comme ça, je n'ai pas l'impression d'être un héros. Je suis juste quelqu'un qui a la chance d'être en bonne santé, et qui a la possibilité de faire don d'un peu de soi, pour aider une personne qui en a besoin, dit simplement Yoann. C'est une grande satisfaction personnelle d'avoir donné. J'espère que cet acte a sauvé une vie ». Et si c'était à refaire ? « Je n'hésiterais pas, répond Yoann sans se poser de questions. C'est un peu de temps et de démarche mais au final, c'est si peu comparé aux effets que cela peut avoir ».

Aujourd'hui, 31 millions de personnes sont inscrites sur l'ensemble des registres du monde, « ce qui permet une solidarité internationale, rappelle la directrice du registre français. Un patient français peut être sauvé par un donneur Américain et un donneur français peut sauver un patient malade à l'autre bout du monde. S'inscrire, c'est s'engager à aider un patient, s'il existe une personne sur la planète avec laquelle on est compatible. Et plus il y a de donneurs inscrits, plus les patients ont des chances de trouver quelqu'un de compatible ».

 

*